48 hours in Kenya with Reid Coolsaet

En route vers Rio : 48 heures au Kenya avec Reid Coolsaet

Iten, au Kenya, c’est la « demeure des champions ». Des coureurs du monde entier vont s’entraîner dans cette agglomération rurale située à 2400 m au-dessus du niveau de la mer, et c’est là que Reid Coolsaet teste ses limites. Il court avec des habitants de l’endroit qui ont déjà terminé un marathon en 2 h 6 et un demi-marathon en moins de 60 minutes. Reid court régulièrement l’équivalent d’un demi-marathon en une journée, et entre 155 et 170 km en moyenne par semaine. Ouf.

Les athlètes qui se préparent à affronter dans quelques mois à peine les meilleurs coureurs au monde à Rio ont un horaire quotidien comportant quelques tâches nécessaires et prévisibles : manger, s’entraîner, récupérer.

Pour nous donner un aperçu de la vie d’un athlète à la veille d’un événement d’une telle ampleur, Reid partage dans les moindres détails son quotidien pendant son entraînement éclair de 48 heures à Iten :

48 hours in Kenya with Reid Coolsaet

Les 24 premières heures

Manger

Mon objectif est de repartir d’ici en meilleure forme qu’à mon arrivée. Ça peut paraître simple, mais puisque ça fait de nombreuses années que je m’entraîne, je sais que j’en apprends beaucoup en écoutant mon corps, et ça commence par l’alimentation.

Le centre High Altitude Training Centre (HATC), où j’habite pendant mon séjour, nourrit les athlètes occidentaux et le déjeuner de ce matin comprend des œufs, du gruau, du pain, des crêpes, du thé et du jus. Plus tard, je me rends au Club Iten, un restaurant où le Wi-Fi est bon et le jus de mangue, bien frais.

Je dîne chez mon ami Thomas, qui habite avec sa femme Doris et sa fille Grâce dans un appartement ne comptant qu’une seule pièce, décorée de médailles de course et d’affiches. Doris participera bientôt à un marathon en Tanzanie. Il n’y a pas d’eau courante, juste un puits dehors et une toilette sèche. Leur petite télévision diffuse des feuilletons espagnols doublés (très populaires auprès des Kenyans) pendant que nous sirotons un thé au lait très sucré. Nous mangeons de la papaye (qui goûte le cantaloup), des pommes de terre et des fèves. C’est fou à quel point leur vie me semble simple, et même si beaucoup de gens ici ont peu de possessions, ils ne vivent pas le même type de pauvreté qu’en Amérique du Nord : ils ne s’en font pas avec ce qu’ils ne possèdent pas et ne s’endettent pas dans le but d’atteindre un mode de vie qu’ils ne peuvent se permettre.

48 hours in Kenya with Reid Coolsaet

Au HATC, on sert des spécialités kenyanes pour souper. L’ugali, fait de farine de maïs, ressemble à de la polenta et lesukuma wiki est un aliment riche en éléments nutritifs qui rappelle le chou frisé. Les coureurs kenyans ne jurent que par le ugali comme source importante d’énergie et vont même jusqu’à le préparer dans leur chambre d’hôtel lors de compétitions à l’étranger.

S’entraîner

Aujourd’hui, je cours à mon propre rythme. Je rencontre des enfants habillés jusqu’au cou comme si c’était l’hiver. À 10-12 °C en ce petit matin, les habitants considèrent qu’il fait très froid. Peu importe la vitesse à laquelle ils courent, les athlètes portent presque tous un collant et un manteau. Je suis un des seuls à porter un short (en bon Canadien). Je cours 18 km en 1 h 20, ce qui est plutôt habituel pour moi. Mes jambes sont relativement fatiguées en raison de mon entraînement intense des dernières semaines, mais les courbatures et la fatigue font partie du jeu. Plus tard, je cours un autre 10 km en 45 min avec mon compatriote canadien John Mason.

Je passe ensuite un peu de temps au gym du HATC pour faire mon programme d’exercices de renforcement, que je complète entre 2 et 3 fois par semaine. Je fais des mouvements fonctionnels debout, des exercices sur un ballon suisse, des planches et des exercices visant à prévenir les blessures.

Récupérer

Dans les derniers temps, j’ai couru jusqu’à 170 km par semaine, ce qui n’est pas vraiment beaucoup pour moi, mais assez pour que je ressente le besoin de faire la sieste. Je me sens très bien au Kenya. C’est comme une deuxième maison pour moi. La température, les sentiers, les gens et l’atmosphère sont super.

48 hours in Kenya with Reid Coolsaet

Les 24 dernières heures

Manger

Mon déjeuner est fonctionnel : du thé et du gruau. Je pige dans mes réserves de barres de protéines en milieu de matinée, en complétant le tout avec un lunch composé d’une soupe aux légumes, de petits pains frais, de riz, de lentilles et d’une salade.

Au menu ce soir : du ugali, du sukuma wiki et de la salade, avec un ragoût de bœuf et des pommes de terre rôties, et du melon d’eau pour dessert. Puisque j’ai dépensé beaucoup d’énergie au cours de la journée, je décide de m’offrir un jus de mangue et de betterave.

S’entraîner

Plus de 200 athlètes utilisent la piste du stade Kamariny entre 7 et 11 h. L’entraînement de la journée commence à 9 h 10, et il est difficile. Je me prépare en faisant mes exercices d’étirement habituels, en écoutant de la musique et en appliquant une couche essentielle d’écran solaire.

Je lace mes chaussures de course 1400v1 de New Balance, puis je me réchauffe en courant un 5 km autour de la piste. J’ai apporté des chaussures pratiquement neuves pour les donner à un athlète du village à la fin de ma période d’entraînement. Je suis arrivé ici avec 16 paires, et je ne repartirai qu’avec trois d’entre elles.

48 hours in Kenya with Reid Coolsaet

Le groupe avec lequel je m’entraîne est composé d’environ 40 à 50 athlètes. Dix d’entre eux, qui ont tous participé à des compétitions à l’étranger, décident de courir 15 fois 1000 m. Ils visent un temps oscillant entre 2 min 50 s et 2 min 55 s pour chaque intervalle, en s’accordant à peine plus de 2 minutes de repos entre les intervalles. Je me joins à eux, en me maintenant en queue de peloton pendant les six premiers intervalles avec un temps moyen de 2 min 55 s.

Martin Matathi (médaillé de bronze au 10 000 m lors des championnats du monde de 2007) accélère la cadence au septième intervalle et je traîne derrière le groupe pendant quelques secondes. Je suis plutôt fatigué et je préfère courir au même rythme que de me distancer du peloton. Je décide donc de courir uniquement les 600 premiers mètres pour les huit derniers intervalles, en savourant le temps de repos supplémentaire. Mes coéquipiers me demandent de mener le groupe pour les deux derniers intervalles. Je suis un peu nerveux de ne pas y arriver, mais je les cours respectivement en 1 min 43 s et 1 min 42 s, menant ainsi les sept coureurs qui participent toujours à l’entraînement.

Plus tard, je parcours un 6 km peu demandant pour un total de 26 km dans la journée. Pendant ma série d’exercices, des enfants viennent me voir et m’imitent en faisant eux aussi des fentes avant, des genoux élevés et des sauts.

48 hours in Kenya with Reid Coolsaet
Récupérer

Je me rends à l’appartement de Dan pour recevoir un massage. C’est un très bon massothérapeute et il ne demande que 500 shillings (environ 7 $ CA) pour une heure. J’ai entendu différentes statistiques à ce sujet, mais il semblerait que le revenu moyen est de plus ou moins 1000 $ CA par année dans les régions rurales du Kenya. De plus, j’ai vu des champions du monde recevoir des massages ici.

48 hours in Kenya with Reid Coolsaet

Au cours des 12 semaines qui me séparent des jeux de Rio, j’aimerais courir environ 200 km en moyenne par semaine. La physiothérapie, les étirements et la course dans l’eau me garderont en mode entraînement. Mon objectif à Rio ? Me classer parmi les 15 premiers à l’épreuve du marathon, ou parmi les 10 premiers si mon entraînement se déroule vraiment bien.

Nous serons de tout cœur avec toi à Rio, Reid. Merci pour ce regard en coulisse de ton entraînement à Iten. – MEC

 *Reid Coolsaet est le Canadien détenant le meilleur temps au marathon derrière Jerome Drayton (2 h 10 min 9 s en 1975). Reid est actuellement le marathonien le plus rapide au Canada. À 2 h 10 min 29 s, il ne lui manque que 10 secondes pour battre le record de Jerome Drayton. Pas de doute, cet homme est incroyablement rapide.

Reid Coolsaet
Reid Coolsaet

Athlète New Balance et marathonien, Reid s'entraîne pour retrancher 19 secondes à son meilleur chrono de 2 h 10 min 29 s.