Mountain sketch

Toile de fond : faire de l’art en milieu sauvage

Au cours d’une journée au bureau, l’hémisphère gauche de votre cerveau travaille probablement très fort à fixer des objectifs réalistes, à élaborer des stratégies uniques ou à trouver une manière logique de concrétiser vos plans. Et si vous aimez le plein air, vous rêvassez très certainement à votre prochaine aventure de temps en temps. C’est à ce moment-là que l’hémisphère droit de votre cerveau prend le dessus. Il s’agit de la partie non conformiste et débordante d’imagination de votre personnalité qui se manifeste, celle qui est à la recherche d’expériences sensorielles et qui veut bouger, celle qui puise dans la vaste gamme de vos émotions et qui vous permet de vous exprimer.

Tout le monde a un hémisphère dominant. Bien que l’on considère souvent les personnes de type « cerveau droit » comme étant naturellement plus créatives, la différence entre les deux groupes réside plutôt dans l’approche. Les gens de type « cerveau gauche » observent tout d’abord les détails pour ensuite placer les morceaux du casse-tête et obtenir une vue d’ensemble de la situation, tandis que les gens de type « cerveau droit » voient les choses dans leur ensemble avant de s’attarder aux détails. Même si vous ne croyez pas être une « personne créative », vous utilisez déjà la partie plus expressive de votre cerveau lorsque vous partez en randonnée, observez une pluie de météorites ou tentez de ne pas trébucher sur des racines en sentier.

Gestionnaire de contenu numérique chez MEC, Jessa Gilbert est l’exemple parfait de la personne qui libère son flot de créativité en plein air. Originaire de New York, l’artiste s’est établie à Vancouver en 2013 et cherche depuis à unir son amour pour l’activité physique et son désir d’explorer dehors. Progressivement, elle a délaissé la peinture figurative pour le paysage.

artist Jessa Gilbert

De gauche à droite : Jessa peint sur le mont Seymour au lever du soleil (photo de Steve Tan); Saxifrage Mountain, 2016, 76 x 102 cm. Acrylique sur toile.

« C’est un endroit magique, explique Jessa. Je déplace mon studio dans la nature sauvage en apportant tout mon attirail, version minimaliste — bloc à dessin, papier pour aquarelle, stylos et pinceaux — et j’essaie de rendre émotions et sentiments ressentis lorsque j’atteins un sommet ou me déplace dans cet environnement. » De retour dans son studio, Jessa peint à l’acrylique sur des toiles de plus grand format. « Je pense à la façon de présenter le passage du temps sur un plan bidimensionnel; je réfléchis à mon excursion dans son ensemble et je crée une œuvre qui correspond à mon expérience ou à la perception que l’on a de notre environnement. »

Établies à Toronto, nos toutes nouvelles collaboratrices de Génération plein air (elles ont reçu une subvention de 5000 $ lors du Sommet À vous de jouer 2016) transportent elles aussi leur studio à l’extérieur. Leur projet, Outdoor Studio, veut inciter les jeunes artistes urbains à sortir de la ville en les mettant en contact avec des guides d’aventure, des moniteurs et des mentors dans le cadre de voyages et d’excursions de plusieurs jours en plein air. Outdoor Studio est exploité par quatre passionnées de plein air créatives : Franziska Brand et Sarah Paul, toutes deux designers graphiques, Sarah Carlson, artiste visuelle et Cherie Tsang, spécialiste en publicité et en marketing.

outdoor studio

De gauche à droite : Franziska Brand, Sarah Carlson, Sarah Paul et Cherie Tsang de Outdoor Studio; Sarah P., Cherie et Sarah C. qui laissent aller leur créativité en plein air.

« Généralement, la création se déroule entre les quatre murs d’un studio ou devant un écran d’ordinateur. Résultat : de nombreux créatifs ne sont pas des adeptes de plein air et n’ont tout simplement pas les connaissances requises pour explorer cet univers par eux-mêmes », explique Sarah Carlson. La grande ironie, c’est que le désir de renouer avec la terre est un thème récurrent dans la création en art, en design et au cinéma. Outdoor Studio donne à ces gens le temps de méditer, d’explorer et de reprendre contact avec les milieux sauvages ».

Êtes-vous prêt à suivre Jessa et Outdoor Studio et à laisser votre hémisphère droit prendre le contrôle ? Voici un petit guide de création en nature.

1. Sortez de votre zone de travail

Étant elles-mêmes des créatives, les instigatrices de Outdoor Studio sont à même de constater que leurs collègues ne profitent pas beaucoup du plein air en raison des impératifs de productivité, des échéances et de la pression de gravir les échelons dans un monde toujours plus compétitif. « C’est important d’unir créativité et loisir parce qu’ils s’alimentent l’un l’autre », explique Sarah Carlson. « Les blocages créatifs sont difficiles à vaincre; il faut prendre une pause en sortant du bureau pour se ressourcer », ajoute Cherie.

En mettant le nez dehors, en solo ou avec un groupe comme Outdoor Studio, vous alimentez votre créativité, rencontrez des gens qui vous ressemblent et ajoutez une zone tampon entre pratique personnelle et travail artistique.

2. Intégrez vos sorties à votre processus

« Si nos loisirs sont ce que nous faisons à l’extérieur du bureau, nous avons absolument besoin d’eux pour alimenter notre travail », dit Cherie. Pour la mentore d’artiste Sarah Carlson, de Outdoor Studio, se ressourcer en plein air est essentiel à la préparation de son prochain grand projet ou exposition. Elle participe d’ailleurs à des résidences d’artistes dans la nature, au parc Algonquin et au Yukon par exemple.

3. Faites appel à vos sens

« Les nuages ont tellement de personnalité, selon moi. Ils ont cette vivacité changeante, et parfois ils se révèlent à vous, dit Jessa. Je regarde habituellement loin devant pour être certaine de tout voir. » Dans cette vidéo, Jessa parle de son processus de réflexion lorsqu’elle est en mode création (en anglais seulement) :

4. Écourtez votre liste de bagages

 Peu importe ce que vous faites dans la nature, certains articles pratiques devraient vous suivre partout : un sac à dos robuste, un protège-sac, une gourde (le couvercle peut vous servir lorsque vous peignez à l’aquarelle), une lampe frontale pour créer après la tombée du jour et un manteau chaud, comme le manteau à capuchon Spicy ou Commix de MEC.

Apportez un bloc à dessin (il en existe même en version hydrorésistante), quelques stylos et un crayon (en hiver, l’encre des stylos pourrait geler). Si le dessin n’est pas votre tasse de thé, trimbalez d’autre matériel qui vous permettra d’expérimenter et de créer en nature. Outdoor Studio vous suggère l’aquarelle, les pastels, les outils à ciseler et un appareil photo.

Watercolour set

« J’apporte ce qui est en fait une pochette de voyage contenant pinceaux, stylos, crayons, blocs à dessin et appareil photo jetable, explique Jessa. J’ajoute aussi quelques articles secrets comme des allumettes japonaises pour pimenter et alléger l’atmosphère. » Elle recommande également de s’assurer que les aquarelles choisies ne sont pas toxiques (les acryliques ne sont pas compatibles avec mère Nature), d’utiliser un portemine (ainsi, pas d’aiguisoir à traîner) et d’apporter un carnet Moleskine pour les journées sans pluie. « La bande élastique empêche le carnet d’ouvrir, et la pochette à l’arrière peut contenir de petits dessins », explique-t-elle.

5. Préparez-vous à apprendre

« Le plein air m’a appris à me sentir reconnaissante de vivre dans un tel environnement, se réjouit Jessa. Il m’a appris à être très patiente et à prendre le temps d’observer. Souvent, nous interprétons les choses à travers nos appareils électroniques — nous capturons une image, puis passons à autre chose… Je pense qu’il est important de ralentir, d’apprécier ce qu’il y a autour de nous et d’attendre, tout simplement, pour observer le mouvement des nuages, les couleurs changeantes, la façon dont l’environnement nous touche. C’est aussi un bon moyen d’entretenir sa coordination œil-main. »

6. Laissez vos peurs à la maison

Oubliez la perfection. Tout le monde a été un amateur à un moment dans sa vie, mais c’est en affrontant la difficulté que l’on change et grandit.

« Les gens disent parfois qu’ils ne savent pas peindre, dessiner ou appréhender l’art — c’est surtout une question de lâcher-prise, explique Jessa. Votre façon de l’expérimenter et de l’interpréter est totalement authentique. Il ne s’agit pas de vous sentir interpellé par le talent de quelqu’un, par ce qui est bon ou mauvais. Si vous vous trouvez en nature et que vous souhaitez être créatif, foncez. Il n’y a aucune raison de faire autrement. »

Elle ajoute qu’il est important de reconnaître la chance que nous avons d’être créatif. « C’est libérateur d’essayer, tout simplement. Gribouillez et amusez-vous; ne vous prenez pas la tête. Vous ne commencerez pas par un chef-d’œuvre, mais par de petits pas à partir desquels vous progresserez. »

 

Kim Budziak

Elle sait jouer avec les mots. Skieuse passionnée et nouvelle adepte de vélo de route. Elle croit fermement que les meilleures journées sont celles où il neige abondamment.