Four young women standing in a lake hold hands above their heads.

Le pouvoir thérapeutique du plein air

L’été dernier, sur une plage de l’anse Sechelt en Colombie-Britannique, un groupe de jeunes femmes se sont assises en cercle et se sont mises à pleurer. Elles ont été guidées vers cet endroit par un défenseur de la culture de la nation Sechelt qui leur a expliqué comment ses ancêtres s’adonnaient à un déferlement d’émotions semblable avec le soutien de leurs aînés lors d’un rituel entre femmes. Il appelait cette plage la Crying Beach (la plage des pleurs), et quelques nuits plus tard, cet endroit est devenu un lieu où les jeunes leaders du programme Indigenous Roots de Minerva BC pouvaient partager des histoires au sujet de leur vie, de leurs espoirs et de leurs rêves.

« Ces conversations peuvent absolument se tenir ailleurs qu’à l’extérieur, explique Ashley Milbury, coordonnatrice des programmes jeunesse de Minerva BC. Toutefois, je suis convaincue qu’elles n’auraient pas été aussi profondément honnêtes sans ce sentiment de proximité qui se développe lorsque l’on surmonte des défis en nature. Être en contact avec l’océan, la forêt et la plage est un remède efficace pour panser les plaies une fois qu’elles ont été ouvertes. »

« Être en contact avec l’océan, la forêt et la plage est un remède efficace pour panser les plaies une fois qu’elles ont été ouvertes. » – Ashley Milbury

La guérison par le contact avec la nature est au cœur du programme Indigenous Roots, tout comme elle est au cœur des programmes Healing in Nature : Bereavement Network et Forest and the Femme, trois programmes communautaires incroyables qui aident les participants à développer leur force, leur équilibre et leur résilience.

Indigenous Roots

A group of young women sits in a circle on a beach as the sun sets.

Indigenous Roots est un programme de leadership d’un an qui se déroule en plein air et donne l’occasion aux jeunes filles autochtones de 13 à 19 ans de se recentrer sur elles-mêmes et de tisser des liens solides avec d’autres jeunes autochtones et la nature. Ce programme établi en Colombie-Britannique comprend des excursions d’une journée, des ateliers sur le leadership et deux séjours de plus longue durée qui mettent au défi les participantes, notamment en étant présentes pour les autres tout au long du parcours.

Lisa Tallio, ancienne directrice de Minerva BC et fière membre des Premières nations Nuxalk et Heiltsuk, a fondé Indigenous Roots en 2017 lorsqu’elle a constaté chez les jeunes autochtones le besoin profond d’engagement à long terme et leurs capacités de leadership. Elle a contacté Jeff Willis de Fireside Adventures et, ensemble, ils ont élaboré un programme axé sur les compétences en leadership ancrées dans la culture autochtone et les valeurs environnementales. Lors de l’année d’inauguration du programme, 25 participantes ont pris part à une excursion de canot-camping dans l’anse Sechelt autour de l’île Gambier.

« Plusieurs jeunes filles considèrent Indigenous Roots comme leur famille, mentionne Ashley. Ce sentiment de communauté découle de leur courage à partager tant de choses à propos d’elles-mêmes et du fait qu’elles sont intensément présentes pour les autres. […] Elles ont fait preuve d’une grande vulnérabilité et d’une immense volonté d’apprendre tout au long du programme. Presque toutes les participantes ont mentionné se sentir déconnectées de leur culture autochtone. »

A group of girls paddles a large canoe across an ocean inlet.
A young woman wearing a hiking backpack looks back over her shoulder and smiles.

Ashley parle ensuite d’une participante qui a surmonté une grande peur de l’eau pendant le programme. À sa première sortie, le groupe a pagayé dans un grand canot de la nation Tsleil-Waututh le long du Indian Arm, et peu de temps après, elle faisait du kayak, du rafting en eau vive, une expédition en canot de 21 jours et elle a même plongé dans la baie Howe et nagé jusqu’à une île à proximité.

« Indigenous Roots a donné l’occasion à cette jeune femme de cultiver son courage et sa résilience, ce qui lui servira pendant toute sa vie et servira aussi à sa communauté, indique Ahsley. Mon souhait est que chaque jeune femme autochtone sache qu’elle est estimée et que sa voix est importante. Nous devrions tous aspirer à un futur guidé par leur fort leadership et soutenir leurs voix. »

Healing in Nature : Bereavement Network

A group of tents set up among trees.

Michael Modica et Paula Tablon ont fondé Healing in Nature : Bereavement Network (HNBN) afin d’offrir aux personnes en deuil un soutien différent et de modifier le discours sur la mort de leur génération.

« Personnellement, je crois que nous avons vécu plusieurs deuils ensemble, et le plein air nous a aidés à progresser dans notre processus de deuil », expliquent Michael et Paula. Michael a perdu son père soudainement, ainsi que son grand-père et son chien à trois mois d’intervalle. En même temps, Paula a perdu ses grands-parents. « Le deuil, c’est comme les vagues de l’océan : ça va, ça vient, il y a des hauts et des bas, de bonnes et de mauvaises journées, explique Michael. Les formes de soutien traditionnelles aux personnes en deuil ne conviennent pas toujours à leur besoin. Nous savons que chaque personne vit le deuil différemment. Pour nous, la nature nous a apporté le soutien et le soulagement dont nous avions besoin pour être résilients. »

Les diplômés du Sommet À vous de jouer 2017 de Génération plein air MEC recrutent de jeunes adultes dans la région du Grand Toronto qui ont perdu un être cher et qui souhaiteraient prendre part à un projet pilote de 10 semaines comprenant des marches en plein air, des exercices de pleine conscience et des activités de groupe.

À partir de leur propre expérience et de conversations qu’ils ont tenues avec d’autres personnes, le duo de HNBN a remarqué que passer du temps en plein air aide les gens à sortir de leur tête, à rétablir un sentiment de paix intérieure et à se retrouver lorsqu’ils se sentent perdus. « Passer du temps en nature nous recentre sur nous-mêmes, expliquent-ils. Lorsque nous vivons un deuil, nous avons tendance à intérioriser nos sentiments, à nous refermer sur nous-mêmes et à demeurer à l’intérieur. Nous souhaitons donc fournir un lieu sûr à l’extérieur où les personnes endeuillées peuvent aller pour obtenir du soutien. »

Forest and the Femme

Two people walk on a trail through a lush green forest

Fondatrice de Forest and the Femme, Jaime Adams offre une programmation en plein air aux femmes très marginalisées qui font face à de multiples obstacles lorsqu’elles souhaitent accéder à la nature par elles-mêmes. Parmi les participantes, on compte des femmes transsexuelles, cisgenres et allosexuelles ayant des problèmes de santé mentale, de dépendance, de santé physique chroniques, de mobilité ou déficience cognitive, ainsi que des femmes ayant vécu un traumatisme ou qui vivent dans la pauvreté et qui ont recours au travail du sexe de rue pour survivre. « Nous accordons la priorité aux femmes autochtones, car elles devraient avoir un accès illimité à leurs terres, explique Jaime. Bon nombre de participantes vivaient dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver, plusieurs d’entre elles depuis leur adolescence. Certaines ont des parents et même des grands-parents qui vivent dans cette communauté dans les mêmes conditions. C’est l’héritage tragique du colonialisme et des traumatismes liés aux pensionnats indiens. »

Jaime a eu l’idée de démarrer le programme en 2011 alors qu’elle travaillait pour un programme de logement de transition pour femmes dans le quartier Downtown Eastside. « Je me suis rapidement rendu compte qu’il y a un énorme fossé en ce qui a trait aux ressources disponibles pour cette population vulnérable et je savais que je devais faire quelque chose pour favoriser le bien-être de ces femmes », explique-t-elle.

Forest and the Femme crée un lien entre la nature et les gens qui n’auraient pas accès à celle-ci autrement. Pour faciliter l’accessibilité, le programme tient bon nombre de sorties sont aussi simples que des pique-niques dans des endroits magnifiques, comme la rive d’un ruisseau de la Rive-Nord ou le littoral de la mer des Salish. « La guérison physique et émotionnelle et la croissance sont grandement favorisées dans ces endroits simplement par le fait d’y être, explique Jaime. Nous voulons qu’elles créent de bons souvenirs, qu’elles ressentent de l’espoir, qu’elles aient de nouvelles histoires à raconter… qu’elles reconnaissent leur propre force et qu’elles sentent qu’elles font partie de quelque chose de plus grand qu’elles. »

Two women look out over a creek, surrounded by a forest.

L’expérience de Jaime avec l’anxiété et la façon dont le plein air l’a aidé à surmonter l’emprise terrifiante que celle-ci avait sur sa vie l’aide à établir des liens avec les participantes. « J’ai toujours trouvé que la nature est un lieu de guérison pour moi, notamment pour trouver de la résilience face aux traumatismes et à l’anxiété, pour trouver ma force, accroître mon courage et modifier mon discours à propos de mes capacités. » Elle constate des transformations semblables chez les participantes de Forest and the Femme. « Toutes les femmes sondées chaque année ont affirmé que les sorties en plein air les aidaient à socialiser sans drogue, à se sentir bien avec elles-mêmes et à s’engager à prendre soin d’elles-mêmes. »

Au lieu de se concentrer sur leurs limites ou les circonstances, les femmes se soutiennent entre elles, partagent des histoires, apprennent de nouvelles compétences et reprennent contact avec leur environnement. « La nature permet de faire sortir l’anxiété et la tristesse du corps, affirme Jaime. Je sais que passer du temps en plein air nous donne de la force et de la résilience, et je sais aussi que celles qui ont fait face à l’adversité devraient être capables d’ accéder à cette guérison. »

Nous sommes tous unis

L’injustice systémique, les problèmes de santé mentale (article en anglais) et les circonstances personnelles nous rendent plus vulnérables aux traumatismes, au deuil et à la perte. Peu importe notre histoire, les thérapies en nature, comme le shinrin-yoku (la pratique japonaise des bains en forêt) et le grounding ou earthing (l’idée que le contact direct avec l’énergie électrique de la Terre favorise le bien-être physique) peuvent offrir des soins personnels accessibles en plein air. Comme ces pratiques et ces programmes le démontrent, passer du temps en plein air peut nous aider à refaire le plein d’énergie et à entamer une guérison plus en profondeur.

Tout commence avec la chaleur du soleil sur votre visage, le son du vent dans les branches ou le ruissellement de l’eau fraîche d’un lac entre vos orteils. Cette connexion avec la nature et les autres est devenue de plus en plus importante pour chacun d’entre nous.

A woman in a Cowichan sweater gazes up at a large tree.

MEC est fière de soutenir les programmes Indigenous Roots de Minerva BC, Healing in Nature du Bereavement Network et Forest and the Femme par des dons d’argent et d’équipement.


Kim Budziak

Elle sait jouer avec les mots. Skieuse passionnée et nouvelle adepte de vélo de route. Elle croit fermement que les meilleures journées sont celles où il neige abondamment.