Bruce Kirkby hiking on a steep mountain trail in South Korea

C'est toujours le moment de voyager

J’ai grandi dans une banlieue verte de Toronto durant les années 1980, une période marquée par la coupe mulet, les jeans serrés et Tears for Fears. À l’époque, le monde semblait être un endroit mystérieux et insondable. Se rendre à la station de métro au coin de Bloor et Yonge s’apparentait à une expédition qui exigeait un sac Adidas, un manteau de bûcheron et des bottes Kodiaks.

Durant les vacances d’été, mon père attachait des canots sur le toit de notre voiture familiale avant de mettre le cap au nord, vers les lacs paisibles et les pins balayés par le vent du parc Algonquin. C’était comme partir vers un autre continent. Ça relevait de la grande aventure. C’était comme un rêve.

Bruce Kirkby's family jumping off canoes into a calm lake

La principale leçon que j’ai apprise durant ces années formatrices m’a été donnée par mon professeur de physique maigre et un peu nerd durant un sermon improvisé. Les élèves de la classe faisaient des tests sur l’accélération provoquée par la gravité lorsque monsieur K. a entendu quelqu’un marmonner qu’il ne pourrait pas participer au prochain gala scolaire – une soirée de danse organisée dans la cafétéria de l’école –, car il avait trop de devoirs.

« Trop de devoirs ? », hurla monsieur K en crispant son visage. La classe est devenue silencieuse, et il s’est lancé dans une diatribe. « Vous devriez perdre la mauvaise habitude de toujours repousser le plaisir à plus tard, ou toute autre chose importante, en croyant que vous pourriez en profiter plus tard. La vie n’est pas faite ainsi. »

« Présentement, vous croyez sans doute que vous devez étudier fort pendant quelques années pour être admis dans une bonne université avant d’avoir du plaisir. Mais une fois à l’université, vous allez sans doute décider de remettre le plaisir à un peu plus tard encore pour décrocher votre diplôme parmi les premiers dans votre groupe afin de vous trouver un bon emploi. »

« Puis, vous repousserez de nouveau le plaisir à plus tard afin d’obtenir une promotion. Puis, jusqu’à ce que vos enfants quittent le foyer. Puis, jusqu’à votre retraite. Puis, à l’âge de 65 ans, vous direz : C’est enfin le moment d’avoir du plaisir.” Puis, vous serez mort. »

Monsieur K. a conclu là-dessus en s’affaissant sur sa chaise.

Dans le silence gênant qui s’ensuivit, tous les élèves sont retournés à leur expérience. Toutefois, ses propos m’avaient assez frappé pour changer le cours de ma vie.

Bruce Kirkby hiking in South Korea and carrying his camera gear

En randonnée en Corée du Sud avec mon matériel photographique

Au cours des décennies suivantes, j’ai eu la chance de parcourir le globe à titre d’auteur, de photographe et d’aventurier dans le cadre d’expéditions qui m’ont amenée du mont Everest jusqu’en Arabie, de l’Afrique jusqu’à l’Extrême Arctique. J’ai parcouru l’Islande à pied, la Mongolie à cheval et la côte du Groenland en kayak de mer. Récemment, j’ai amené ma jeune famille dans un monastère himalayen, où nous avons passé trois mois à vivre avec des lamas bouddhistes.

Bruce Kirkby's family hiking past huge mountains with a horse

Toute la famille – ma femme Christine, notre fils de 4 ans et notre bébé – durant un trek de 80 jours avec cheval à travers les vallées reculées du Caucase

Je me fais souvent demander mes « meilleurs conseils de voyage », et même si une multitude d’idées me viennent à l’esprit – voyez grand, restez plus longtemps, voyagez léger, côtoyez les habitants locaux, soyez prudent (sans être paranoïaque), planifiez moins (accueillez les heureux hasards), n’ayez pas peur de découvrir un nouvel endroit – mon plus précieux conseil de voyage vient de monsieur K. :

Ne remettez jamais à demain le voyage que vous pouvez faire aujourd’hui.

Line of camels carrying people in a desert landscape

Un trek à dos de chameau à travers le désert méridional de l’Arabie il y a plus de 15 ans

Ce n’est pas un conseil facile à suivre, car plus la vie avance et que le temps devient une denrée rare, plus les rêves de voyage succombent au syndrome du « dès que » : dès que j’aurai payé mon hypothèque, cotisé pleinement à mes REER, refait le toit de la maison… Chaque année, des Canadiens renoncent à des millions de journées de vacances. Je vous encourage donc à ne plus invoquer ces excuses et à prendre la route à chaque occasion qui se présente.

Bruce Kirkby climbing a steep mountain cliff with the ocean below

Christine et moi en train d’escalader une falaise au-dessus de l’Atlantique Nord dans le comté Donegal en Irlande

Je crois que le voyage est une force positive élémentaire, une source inépuisable d’espoir et de possibilités. Qu’il s’agisse d’explorer la forêt tropicale, d’atteindre un sommet cristallin ou de découvrir des coins de pays tout près de chez nous, voyager nous rappelle qu’il existe sur notre petite planète une nature vaste, complexe et richement diversifiée. En cours de route, nous tissons de nouvelles amitiés nous incitant à mieux comprendre la réalité d’inconnus ayant des origines, des histoires et de croyances différentes des nôtres, ce qui réaffirme les similitudes universelles de l’humanité.

Bien sûr, la vie sur la route n’est pas toujours facile. Le hasard et l’imprévisibilité du voyage exigent une certaine audace qui fait trop souvent défaut à nos vies modernes. Mais il ne s’agit pas d’une mauvaise chose, car à mesure que nous nous dépouillons de nos possessions pour ne garder que l’essentiel, nous apprenons à vivre plus simplement.

Bruce Kirkby's sons making fun faces with crackers covering their eyes

Mes fils Bodi et Taj durant un gros trek familial dans l’Himalaya

« D’abord, on voyage pour se perdre. Ensuite, on voyage pour se trouver. On voyage pour ouvrir son cœur et ses yeux et en apprendre plus sur le monde que ce que les journaux nous révèlent. Et on voyage essentiellement pour redevenir de jeunes fous – pour ralentir le temps et se laisser emporter, pour tomber de nouveau amoureux » (traduction libre), selon les paroles éloquentes de Pico Iyer.

Hiker in Iceland looking at a beautiful waterfall

En randonnée avec Christine en Islande

De cette façon, tout le processus magique nous ramène à monsieur K et à sa simple maxime : Quel que soit votre rêve de voyage – un safari en Afrique, une expédition d’escalade au Kilimandjaro ou un trek jusqu’au camp de base de l’Everest  –, n’attendez pas qu’il soit trop tard. Commencez plutôt à planifier votre voyage dès aujourd’hui. Économisez vos sous. Réservez vos billets. Encerclez la date sur le calendrier. Les possibilités de voyager sont infinies, mais nos jours sont comptés. Partez maintenant.

MEC Ambassador Bruce Kirkby
Bruce Kirkby

Aventurier, ambassadeur MEC, auteur, chroniqueur, photographe et papa ! Les talents de Bruce sont aussi variés que ses aventures.