Close-up of blue microfibres

Microplastiques et microfibres

L’environnement est inondé de déchets plastiques. Ce problème est maintenant connu de la plupart d’entre nous et mis en évidence par la Grande plaque de déchets du Pacifique, une île immense de débris transportés par les tourbillons océaniques, formée de filets de pêche, d’emballages abandonnés, de plastique industriel et de plastique de consommation de toute sorte. Selon les recherches actuelles, plus de 5000 milliards de morceaux de plastiques flotteraient dans les océans, soit une masse estimée à quelque 269 milliers de tonnes1.

À ce problème de pollution visible s’ajoute un aspect moins bien compris et beaucoup plus difficile à évaluer : les microplastiques. Ces petites particules se retrouvent dans les eaux océaniques, dans les Grands Lacs et dans les principaux fleuves du monde. De plus en plus, les microplastiques sont considérés comme une source majeure de pollution marine à l’échelle mondiale et s’accumulent dans le système digestif des poissons, des bivalves et des oiseaux. Des recherches démontrent que les microplastiques peuvent aussi être transportés par l’air, ce qui étend leur portée au-delà des océans2.

Mais le plastique persiste. Il demeure dans l’environnement pendant des années et se désintègre en particules de plus en plus petites. Et comme ces microplastiques sont difficiles à recueillir, il est pratiquement impossible d’en retracer la source. De plus, les microbilles utilisées dans certains produits cosmétiques ont été déterminées comme une cause de pollution par les plastiques, et leur intégration aux produits est maintenant interdite au Canada.

Comment les microfibres sont-elles liées à ce problème ?

Close-up of microfibres

Minuscules particules de microfibres. Photo : Mathew Watkins

Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais de petits fragments de fibre – de moins de 5 mm – se détachent des tissus lorsque vous portez et lavez vos vêtements. Les microfibres qui se détachent des étoffes synthétiques sont un type de microplastique, puisque le polyester, le nylon et d’autres polymères sont différents types de plastiques. Toutefois, tous les tissus, qu’ils soient faits de polymères synthétiques ou de fibres naturelles, peuvent être une source de pollution par les microfibres.

Les fibres naturelles, comme le coton ou la laine, sont souvent traités avec des teintures et des apprêts. Lorsque des microfibres provenant de matériaux naturels se retrouvent dans l’environnement, les teintures et les apprêts demeurent dans l’environnement, même si les fibres naturelles se désintègrent (mais pas toujours rapidement4).

S’il est vrai que les filtres à charpie des sécheuses arrivent à capturer certaines microfibres, ce n’est pas le cas des machines à laver qui ne sont pas conçues actuellement pour le faire. Des études récentes montrent que les installations municipales d’épuration des eaux usées peuvent filtrer efficacement ces fibres (de 97 à 99 %), mais il reste un grand nombre de fibres qui voyagent avec les eaux usées. À Vancouver seulement, selon une étude menée par l’organisme Ocean Wise, environ 30 milliards de particules, y compris des microfibres, sont libérées chaque année dans l’océan après le traitement des eaux usées3.

Que fait MEC à propos de la pollution par les microfibres ?

Nous reconnaissons les risques que pose la pollution par les microplastiques et les microfibres pour l’environnement. Nous savons que les étoffes synthétiques et naturelles utilisées dans les vêtements de marque MEC et d’autres marques se détériorent avec le temps et produisent inévitablement des microfibres synthétiques. Toutefois, l’industrie n’a pas encore trouvé de marche à suivre claire vers une solution.

Il faut maintenant saisir cette occasion pour obtenir des données réelles sur les sources, les mécanismes de production et les concentrations exactes de ces microplastiques et comparer les résultats avec les matières plastiques trouvées dans les océans. Surtout, nous devons comprendre les matériaux sources.

  • Est-ce que les fibres sont relâchées selon une régularité variable selon leur type ?
  • De quelle façon la confection et la qualité des textiles influent-elles sur la perte des fibres ?

Il est essentiel de déterminer le taux de perte de fibres pour comprendre comment les tissus peuvent être repensés ou contrôlés afin de réduire la pollution par microfibres. Trouver des façons de concevoir des tissus qui perdent moins de fibres synthétiques réduirait la quantité de microfibres relâchées dans l’océan après chaque lavage ménager. De plus, si vos vêtements perdent moins de plastique, ils dureront plus longtemps.

Financer la recherche sur les microfibres

MEC s’implique de différentes façons pour tenter de répondre à ces questions. En 2017, en nous appuyant sur l’expertise et la capacité technique du laboratoire d’Ocean Wise, Plastics Lab, nous sommes devenus la première entreprise de vente de vêtements au détail à aider à financer l’étude sur la pollution des milieux aquatiques par les microplastiques provenant des vêtements. REI, Patagonia et Arc’teryx ont également signé l’accord de partenariat.

La phase 1 de l’étude s’est déroulée en 2017-2018 et s’est penchée sur les microfibres synthétiques qui se détachent à chaque lavage ménager, la façon dont les stations de traitement des eaux usées filtrent ces microfibres et l’impact de ces particules de microfibres dans l’environnement. Ocean Wise a partagé publiquement des conclusions préliminaires en février 2019, et un rapport complet est fourni à MEC. Nous espérons que les données et les idées provenant d’études comme celle-ci nous aideront à prendre des décisions relatives aux matériaux pour la fabrication de futurs produits et à mieux comprendre comment la pollution par microfibres influe sur l’environnement.

Researcher holding a large sheet of textile samples near the ocean

Chercheuse recueillant des échantillons pour étudier l’altération des textiles dans l’environnement. Photo : Lorand Szasz (Ocean Wise)

Nous sommes heureux de vous annoncer que MEC est le premier détaillant qui s’engage à financer la phase 2 de l’étude cruciale sur les microplastiques et les microfibres. Durant cette prochaine phase, nous espérons en apprendre davantage sur :

  • la façon dont les microfibres voyagent d’une laveuse domestique jusqu’à l’océan;
  • la façon dont les microfibres se détachent et en quoi cela influe sur la conception textile et la création des fils;
  • la façon de mieux repérer les microfibres dans l’océan au moyen de données spectrales recueillies par un type de technologie judiciaire (Spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier);
  • la façon dont la taille et la chimie des microfibres changent dans les stations de traitement des eaux usées.

Collaborer avec l’industrie

Nous collaborons aussi avec des pairs de l’industrie pour établir une norme d’évaluation de la qualité liée aux taux de perte de fibres des matériaux synthétiques. Cette norme pourrait être utilisée pour prendre des décisions éclairées en matière de choix de textiles et d’innovations. Pour acquérir des connaissances sur les microfibres et les diffuser dans l’industrie du textile, MEC a présenté une conférence devant des leaders de l’industrie avec le chercheur Peter Ross d’Ocean Wise dans le cadre du sommet Planet Textiles 2018.

Quelle est l’étape suivante ?

Fabriquer des vêtements techniques, les utiliser et s’en débarrasser a nécessairement un impact sur l’environnement. On ne peut nier ce fait. Il n’existe pas non plus de raccourci pour évaluer et résoudre les problèmes complexes que posent ces types d’enjeux.

Comme l’affirmait un chercheur réputé, « les bienfaits des textiles pour la société sont indéniables ». Si on considère les 5 000 types de plastiques commerciaux en production, il est pratiquement impossible d’imaginer la vie sans eux. Bref, nous ne cherchons pas une solution simple à un problème complexe – notre objectif est de trouver le meilleur équilibre entre les différents types d’impacts, des produits chimiques à la consommation d’eau en passant par les gaz à effet de serre. Nous croyons qu’une approche collaborative qui rassemble les joueurs de l’industrie, la recherche scientifique, les administrations locales et les consommateurs demeure la meilleure façon de réaliser des progrès durables et de mettre en place des solutions globales.

Sources pour 1, 2, 3, 4. Photo : Mathew Watkins